Depuis le 1er janvier 2026, l’eau du robinet doit être contrôlée pour 20 PFAS, les fameux « polluants éternels ». Et la dernière campagne nationale de l’Anses a retrouvé l’un d’eux, le TFA, dans 92 % des prélèvements. Faut-il s’inquiéter ? Comment savoir ce qui coule de votre robinet ? Et surtout, que pouvez-vous faire concrètement ? Voici l’essentiel, sans alarmisme ni langue de bois.

Les PFAS, c’est quoi exactement ?
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plusieurs milliers de molécules chimiques fabriquées depuis les années 1950. On les trouve dans les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les emballages alimentaires, les mousses anti-incendie ou certains pesticides.
Leur point commun : une liaison carbone-fluor quasiment indestructible. C’est ce qui les rend si utiles à l’industrie… et si problématiques pour l’environnement. Ils ne se dégradent presque pas, d’où leur surnom de « polluants éternels ». Ils s’accumulent dans les sols, les nappes phréatiques, les rivières, puis dans l’eau que nous buvons.
Plusieurs PFAS sont aujourd’hui associés, selon les autorités sanitaires européennes, à des effets sur le système immunitaire, le cholestérol, le foie ou la thyroïde en cas d’exposition prolongée. C’est pourquoi la réglementation s’est durcie.

Ce que dit la loi depuis le 1er janvier 2026
La directive européenne sur l’eau potable, transposée en droit français, impose désormais :
- Une limite de 0,1 µg/L (100 nanogrammes par litre) pour la somme de 20 PFAS jugés prioritaires ;
- un contrôle réalisé par les responsables de la distribution d’eau, sous la surveillance des Agences régionales de santé (ARS) ;
- à partir de janvier 2027, la surveillance obligatoire de deux PFAS supplémentaires, dont le TFA (acide trifluoroacétique).
Point important : si le seuil de 0,1 µg/L est dépassé, l’eau est déclarée non conforme, mais elle n’est pas forcément interdite à la consommation. Le distributeur doit informer la population et engager des actions correctives. Des restrictions d’usage ne sont imposées que si des valeurs sanitaires maximales sont franchies.
Ce qu’a révélé l’Anses : le TFA est partout
Entre 2023 et 2025, l’Anses a mené la plus grande campagne de mesure jamais réalisée en France sur les PFAS dans l’eau : plus de 600 échantillons d’eau brute et plus de 600 échantillons d’eau du robinet, publiée le 3 décembre 2025. Les résultats :
- Bonne nouvelle : seule une faible proportion des échantillons dépasse la limite réglementaire de 0,1 µg/L pour les 20 PFAS surveillés.
- Mauvaise nouvelle : le TFA a été détecté dans 92 % des échantillons, avec une concentration médiane de 780 ng/L dans l’eau du robinet, soit bien plus que les autres PFAS.
- Une nouvelle molécule, le TFMSA, a été identifiée pour la première fois en France, dans 13 % des échantillons.
Le TFA est un PFAS à « chaîne ultra-courte ». Il provient notamment de la dégradation de certains pesticides et gaz réfrigérants. Sa petite taille le rend très mobile dans l’eau… et très difficile à retenir, y compris pour les stations de traitement. Nous y reviendrons plus bas, car cela change le choix d’un filtre.
Comment savoir si l’eau de votre commune contient des PFAS ?
Bonne nouvelle : ces informations sont publiques et gratuites. Voici trois façons de les obtenir, de la plus rapide à la plus complète.
1. Le site du ministère de la Santé
Dans la rubrique « Qualité de l’eau potable » du site du ministère de la Santé (sante.gouv.fr), une carte interactive vous permet de choisir votre région, votre département puis votre commune. Vous obtenez le dernier bulletin de conformité et le détail des analyses. Cherchez les lignes « PFAS » ou « Somme des 20 PFAS ».
2. La synthèse annuelle jointe à votre facture
Une fois par an, votre distributeur doit joindre à votre facture d’eau une synthèse de l’ARS sur la qualité de l’eau distribuée. C’est un document court, facile à lire, à conserver.
3. Votre mairie et votre ARS
Les résultats d’analyse sont affichés en mairie. Plusieurs ARS publient aussi des cartes détaillées des PFAS sur leur site. En cas de doute, vous pouvez interroger directement votre ARS ou votre distributeur : ils ont l’obligation de vous répondre.
À noter : tant que la surveillance du TFA n’est pas obligatoire (janvier 2027), il est possible qu’il n’apparaisse pas encore dans les analyses de votre commune. Absence de résultat ne veut donc pas dire absence de TFA.
Mon eau contient des PFAS : que faire ?
Ne pas céder à la panique… ni à la bouteille

Le réflexe de passer à l’eau en bouteille n’est pas forcément le bon. Les eaux embouteillées ne sont pas exemptes de contaminants, elles coûtent jusqu’à 100 fois plus cher que l’eau du robinet et génèrent des déchets plastiques (avec leurs microplastiques). Mieux vaut traiter l’eau chez soi, au point d’usage.
Choisir une filtration adaptée aux PFAS

Tous les filtres ne se valent pas face aux PFAS :
- Charbon actif en bloc ou en grains : efficace sur une bonne partie des PFAS à chaîne longue (comme le PFOS). Son efficacité baisse nettement sur les PFAS à chaîne courte et ultra-courte, comme le TFA. La qualité du charbon, le temps de contact et le changement régulier des cartouches sont déterminants.
- Osmose inverse : c’est aujourd’hui la technologie domestique la plus performante sur l’ensemble des PFAS, y compris les plus petits. Revers de la médaille : elle retire aussi les minéraux et rejette une partie de l’eau. Une reminéralisation est alors souvent recommandée.
- Carafes filtrantes classiques : pratiques pour le goût et le chlore, mais leur faible volume de charbon et leur temps de contact très court les rendent peu fiables contre les PFAS.
Quel que soit le système, trois règles d’or : vérifier les performances annoncées (idéalement testées par un laboratoire indépendant), respecter la fréquence de changement des cartouches (une cartouche saturée ne filtre plus rien), et privilégier une installation entretenue par un professionnel. Pour aller plus loin : les 7 erreurs à éviter avant d’acheter son système de filtration.

Réduire son exposition au quotidien
L’eau n’est qu’une source parmi d’autres. Vous pouvez aussi limiter les poêles antiadhésives abîmées, les emballages alimentaires gras (pizzas, fast-food) et les textiles traités « anti-taches ».
Questions fréquentes sur les PFAS dans l’eau
Faire bouillir l’eau élimine-t-il les PFAS ?
Non. Au contraire : l’évaporation concentre légèrement les PFAS restants dans l’eau.
Une douche avec une eau contenant des PFAS est-elle dangereuse ?
L’exposition principale se fait par l’eau bue et l’alimentation. Le passage par la peau est considéré comme faible.
L’eau de ma commune est « non conforme » : puis-je la boire ?
Dans la plupart des cas, oui : la non-conformité déclenche une obligation d’amélioration, pas une interdiction. Suivez les consignes de votre mairie et de votre ARS, qui vous préviendront en cas de restriction.
Et les nourrissons ?
Pour la préparation des biberons, en cas de dépassement signalé, demandez conseil à votre ARS ou à votre médecin.
En résumé
- Depuis 2026, la somme de 20 PFAS ne doit pas dépasser 0,1 µg/L dans l’eau du robinet.
- Le TFA, présent presque partout, sera surveillé à partir de 2027.
- Vérifiez les analyses de votre commune sur le site du ministère de la Santé ou via la synthèse jointe à votre facture.
- Pour agir, une filtration performante et bien entretenue au point d’usage reste la solution la plus efficace et la plus économique.
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À lire aussi : Eau minérale vs eau filtrée : quelle est la meilleure option ? et Ce que vous ignorez boire avec l’eau du robinet.
Sources : Anses, résultats de la campagne nationale de mesure des PFAS dans l’eau potable (décembre 2025) ; directive (UE) 2020/2184 relative à l’eau destinée à la consommation humaine ; Agences régionales de santé.
